
Quand l’égalité salariale deviendra-t-elle une réalité?
Spoiler: pas tout de suite! Si l’écart salarial a baissé de 2% en Suisse en 6 ans, le secteur privé est moins bon élève, la discrimination non explicable toujours présente et la maternité un important coût (ou coup?) financier pour les femmes.
En 2015, nous avions publié un article faisant l’état des inégalités salariales entre hommes et femmes en Suisse. Qu’en est-il 10 ans après? On le sait, la loi sur l’égalité (LEG) qui date de 1996 interdisait déjà toute discrimination salariale sur base du sexe. Malheureusement, cette loi n’a pas suffi à faire évoluer les pratiques. 20 ans plus tard, l’égalité salariale n’était toujours pas une réalité.
C’est pourquoi, nous avons voté une révision de la LEG qui introduisait l’obligation pour les entreprises de plus de 100 employés·es de réaliser une analyse de l’égalité de leurs pratiques salariale tous les 4 ans, et de la faire vérifier par un organe indépendant. Une révision mise en oeuvre en 2020 et pour laquelle la Confédération a mis à disposition le logiciel gratuit «logib», accessible également à toutes les entreprises plus petites.
Alors, quels ont été les effets de cette révision de la loi? Cette obligation d’analyse et de déclaration a-t-elle été déterminante pour faire évoluer l’égalité de manière significative?
Des évolutions positives très légères
Eh bien les données qui émanent de la dernière Enquête suisse sur la structure des salaires (ESS) sont assez décevantes .
La petite bonne nouvelle, c’est qu’en 6 ans, l’écart s’est réduit très légèrement.
| 2016 | 2022 | |
|---|---|---|
| H Salaire moyen | 7946 | 8398 |
| F salaire moyen | 6491 | 7034 |
| Différence moyenne en % | 18.3% | 16.2% |
| Différence moyenne en CHF | 1455 | 1364 |
Alors qu’il était de 18,3% en 2016, l’écart de salaire moyen entre hommes et femmes avait baissé en 2022 à 16,2%. Au vu de l’inflation, ceci représente une différence non plus de 1455 CHF en moyenne, mais toujours de 1364 CHF.
Le secteur public, meilleur élève que le privé

Cet écart baisse légèrement depuis 2018, de manière plus marquée dans le secteur public, qui n’est plus qu’à 13.8%, contre 17,5% pour le secteur privé. On constate à ce jour une très légère accélération depuis 2020.
Des différences «inexpliquées» toujours importantes
Un résultat qui semble surprendre est que la part de différence «expliquée» ou explicable baisse (de 60.9% en 2014 à 55.1% en 2022), alors que la part « inexpliquée » augmente en proportion (de 39,1% en 2014 à 44.9% en 2022)

La part expliquée des différences de salaires moyens concerne par exemple le choix de professions dans des secteurs moins valorisés, de postes à moins hautes responsabilités, un plus grand choix de temps partiel.
Cette part se réduit de 10.4% en 2016 à 8.9 % en 2022 , ce qui semble signifier que les femmes feraient des choix de carrière plus ambitieux et que la société le leur permettrait plus facilement.
La part non expliquée de ces différences constitue en revanche de la pure discrimination salariale à fonction égale. Il est inquiétant que celle-ci ne baisse pratiquement pas, de 7.8% en 2016, elle a augmenté en 2018 et 2020 pour baisser très légèrement à 7.2% en 2022.
| 2016 | 2018 | 2020 | 2022 | |
|---|---|---|---|---|
| Ecart total | 18.3 | 19 | 18 | 16.2 |
| Ecart expliqué | 10.4 | 10.6 | 9.8 | 8.9 |
| Ecart inexpliqué | 7.9 | 8.4 | 8.2 | 7.3 |
Se marier et avoir des enfants enrichit les hommes, appauvrit les femmes
Parmi les facteurs les plus importants qui éclairent cet écart sans pour autant l’expliquer, on trouve le statut marital et la parentalité. Les hommes mariés gagnent nettement plus (8071 francs) que les hommes célibataires (6532 francs). Chez les femmes, en revanche, cette différence est faible. Ce qui se reflète dans l’écart salarial: alors que les femmes célibataires gagnent 0,5% de moins seulement que les hommes célibataires, la différence de salaire entre les femmes mariées et les hommes mariés est de 15,3%.

Le mariage stoppe la progression salariale des femmes : l’écart se creuse…

On peut voir que le salaire médian d’une femme mariée n’augmente plus à partir de 34 ans, alors que celui des hommes progresse jusqu’à 50 ans…
Le facteur qui pèse le plus lourd dans la balance : les enfants
Le fait d’avoir des enfants creuse encore plus cet écart. Un homme marié avec enfants gagne encore plus qu’un homme marié sans enfants. Alors qu’une femme mariée avec enfants gagne encore moins qu’une femme mariée sans enfants. L’écart salarial entre hommes et femmes se creuse alors à 21%, soit 8707 chf (salaire médian) pour un père marié, et 6878 chf pour une mère mariée.
La simple analyse des salaires introduite en 2020 ne semble donc pas suffire à donner un coup de boost massif à la mise en œuvre d’une réelle égalité salariale. À suivre lors de la prochaine enquête nationale… ¨

















